Robert Morin, étrange étranger ?

Le centre de documentation de Vidéochroniques, parce qu'il compte des programmateurs et des commissaires parmi ses usagers, sert régulièrement à l'élaboration de projets conçus et diffusés par d'autres organismes. Ce dispositif leur donne accès à des œuvres, à de la documentation, à des informations pratiques (contact des artistes ou des distributeurs) et, le cas échéant, aux menus conseils que nous leur prodiguons. C'est aussi, pour nous, une façon discrète et efficace d'essaimer des parti-pris éditoriaux et de promouvoir le travail d'artistes ou de réalisateurs que nous aimons plus particulièrement.

Celui que produit Robert Morin par exemple. Proposée et co-produite par Vidéochroniques, conçue et présentée par Edouard Monnet et Fabrice Montal*, la rétrospective [partielle] que le FID Marseille a consacré au réalisateur lors de l'édition 2006 du festival a constitué le premier acte d'une implication concrète à l'égard de son travail. À mesure qu'elles s'étaient déroulées, les six séances et douze vidéos qui composaient cette programmation étaient parvenues à fidéliser le public, au point de faire figure d'événement dans l'événement. Depuis cette date, l'association a eu directement l'occasion de montrer des œuvres de Morin à deux reprises (avril 2007 à Dijon, mai 2007 à Bourges).



Vidéochroniques étant devenu un incontournable lieu ressource en ce qui concerne cette œuvre, l'implication de l'association se mesure également par ses effets secondaires, indirects. Après le festival Tous Courts d'Aix-en-Provence à la fin 2007, des représentants marseillais du réseau Peuple et Culture sont ainsi venus s'immerger dans l'œuvre de Robert Morin au cours de quatre séances de visionnage (17 octobre 2007, 23 janvier, 6 février et 17 avril 2008). Les œuvres retenues (Le voleur vit en enfer et Petit Pow! Pow! Noël) seront diffusées au Polygone Étoilé le 14 mai 2008 (respectivement à 19 et 21h) dans le cadre d'un cycle de films documentaires intitulé "Étrange étranger".


Photos : © Robert Morin


Petite piqûre de rappel à propos du réalisateur :

Robert Morin est né en 1949. Il y a trente ans, il fondait avec des amis la Coop Vidéo de Montréal, un dispositif de production et de création qui leur permit de faire les films que l’industrie leur refusait. À côté d’une poignée de longs-métrages réalisés sur pellicule (Requiem pour un beau sans cœur, 1992 ; Windigo, 1994 ; Le Neg', 2002 ; Que Dieu bénisse l'Amérique, 2005), l'outil vidéo a accompagné l’élaboration d’une œuvre originale (plus de vingt films à ce jour), dont l'ampleur reste méconnue, paradoxalement ségréguée pour sa nature inclassable qui fait aussi sa force : on hésite entre fiction, documentaire, film expérimental... Durant les années quatre-vingt, il cosignera la plupart de ses réalisations avec Lorraine Dufour, qui demeure, toujours, sa monteuse et sa productrice.

Pour en savoir plus sur Robert Morin :

Robert Morin : Fais-le toi-même! (court édito d'Edouard Monnet
présentant la programmation éponyme, paru dans l'avant-programme
du FID 2006)
Stratagèmes et sauvageries du réel (texte très complet de Fabrice
Montal*, publié dans le catalogue du FID 2006)
• Synopsis originaux écrits par Fabrice Montal* : Le voleur vit en enfer
et Petit Pow! Pow! Noël
Bio-filmographie et extraits des films de Robert Morin via la
Coop Vidéo de Montréal

(*) Fabrice Montal est un spécialiste incontesté de la filmographie québécoise, celle de Morin en particulier. Critique et doctorant, musicien, commissaire en arts médiatiques, il est programmateur pour Antitube et pour le Festival de cinéma des 3 Amériques, deux organismes culturels de Québec. Il a également dirigé la publication de Moments Donnés - Robert Morin : entrevue(s) pour Vidéographe Éditions (Montréal, 2002).


À l'exception de Petit Pow! Pow! Noël, distribué directement par la Coop Vidéo, les vidéos de Robert Morin sont distribuées (location et vente) par Vidéographe. Ce même centre est à l'origine de la publication d'un remarquable coffret DVD (10 volumes) consacré au réalisateur. intitulé Robert Morin - Parcours du vidéaste (1976-1997), il regroupe la presque totalité de ses travaux vidéo.

Toutes ses vidéos (soit 21 titres), ainsi que l'ouvrage publié par Vidéographe Éditions et un entretien filmé avec le réalisateur, sont disponibles au sein du centre de documentation de l'association Vidéochroniques (consultation sur place, sur rendez-vous).

Pour voir un extrait de Petit Pow! Pow! Noël trouvé sur YouTube, utilisez le lecteur ci-dessous.

Résidence de Wafaa Yasin


Identifiée principalement par son activité de diffusion, logiquement la plus médiatisée puisque directement destinée au public, l'association Vidéochroniques s'est engagée depuis 1997 dans un travail d'accompagnement des artistes au stade de la production des œuvres, par la mise en place d'un atelier de création et d'un programme de résidences. Malgré la discrétion de ce dispositif, sa réalisation a profondément modifié la perception des actions conduites par la structure, depuis lors explicitement associée au champ de la création.

C'est à travers ce programme que Vidéochroniques a choisi de contribuer à la manifestation organisée par Aflam, "Cinéma(s) de Palestine", en invitant l'artiste Wafaa Yasin pour une résidence d'une durée d'un mois (du 13 mai au 9 juin 2008), au cours de laquelle un ensemble de moyens techniques et humains seront mis à sa disposition. La mise à profit de ce dispositif singulier nous est apparue opportune car complémentaire des propositions fournies par les autres partenaires de la manifestation. En plus de son utilité pour l'artiste, cette démarche est pour l'association un moyen concret de se familiariser avec la création artistique issue de territoires qui n'ont pas encore fait l'objet de recherches approfondies de sa part.


© Wafaa Yasin, extrait de la vidéo Ice and Salt, 2005

Wafaa Yasin est née à Tamra (ville arabe israélienne située dans le Nord-Ouest du pays) en 1980, elle vit à Beit Safafa, village voisin de Jérusalem. Elle dispense actuellement des cours d'art moderne à la fondation Al Mamal (Jérusalem) et s'implique, parrallèlement, dans des actions à caractère social au camp de réfugiés de Shufat.

Le travail qu'elle développe (sous la forme d'installations, de sculptures, de dessins, de photographies, de vidéos...) est dominé par la figure de la mort ; il se présente généralement comme la tentative de greffer ou de souder des éléments artificiellement et violemment dissociés, comme des morceaux de corps qui auraient été arrachés, démembrés, amputés ; il aborde les notions d'homogénéité et d'hétérogénéité, d'unité et de diversité, d'harmonie et de discordance, d'uniformité et de pluralité... Les rituels qu'elle met en scène dans ses vidéos lui permettent justement de révéler et d'accentuer diverses images de la différence.

Outre la familiarité formelle qui lie le travail de Wafaa Yasin et les parti-pris de Vidéochroniques (la dimension performative du projet, son caractère multimédiatique), c'est l'argument de son contenu qui a conduit l'association à se rapprocher de l'artiste : ancré dans un contexte tout à fait singulier, il est porteur, comme c'est ailleurs le cas d'une Marina Abramović par exemple, de problématiques et de questionnements esthétiques, politiques et sociétaux qui le dépassent largement, et qui nous semblent coïncider dans une certaine mesure avec notre engagement.

Cyrille de Laleu : L'utopie des distances

Dans le cadre du programme de résidences d'artistes mis en œuvre par l'association, Cyrille de Laleu sera accueillie au sein de l'atelier de création de Vidéochroniques du 5 au 12 mai 2008. Cette première résidence de l'artiste à nos côtés s'inscrit dans le prolongement d'une collaboration qui a déjà pris des formes variées depuis 2007. Elle a ainsi participé à l'exposition collective intitulée De quoi sont les images faites ?, que Vidéochroniques avait organisé à la Galerie de la Friche la Belle de Mai dans le courant du premier trimestre 2007. L'association avait aussi apporté son soutien à l'exposition que Cyrille de Laleu avait présenté à Bourges, dans le cadre de l'édition 2007 du festival Bandits-Mages.


Photo : © 2008 Cyrille de Laleu

Cette courte période de travail devrait être mise à profit aux fins de préparer une partie du "matériel" constituant le projet L'utopie des distances, initié au cours d'une résidence effectuée l'an passé à Chicoutimi (Québec) chez nos amis et complices du centre d'artistes Séquence. Cet organisme a par ailleurs renouvelé son invitation à l'attention de Cyrille de Laleu pour une période de travail d'un mois, préalable à l'exposition personnelle qu'il consacrera à l'artiste du 20 juin au 17 août 2008 (commissaire : Gilles Sénéchal).

Journée de mobilisation nationale du 7 mai

De très nombreux acteurs de la culture (syndicats, organisations professionnelles, fédérations...), toutes disciplines confondues, appellent à une :

Journée de mobilisation nationale
contre le désengagement de l'État dans le domaine de la culture

Mercredi 7 mai 2008

Dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d’expositions, lieux d’arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d’arts...).


Pour en savoir (et en faire) plus :

• Consulter le site Sauvons la culture et signer le "manifeste d'intérêt
général pour l'art et la culture"